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Orientation réformes en cours

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Mise à jour le 01 11 2017

En France, des discussions ont eu lieu pour déterminer de nouvelles modalités d’activité et de cohérence du service public d’orientation. Un décret supprime les COP et créée un corps de Psychologues de l’éducation ». Le décret de février 2017 est donc la première pièce d’un nouvel édifice dont le Plan Étudiants d’octobre 2017 donne une première idée. Vous trouverez en cliquant ici sur Nouvelles d’une réforme annoncée de l’orientation plus d’informations.

Le travail, considéré comme un bien commun, est le fruit d’une histoire et d’une construction. Vecteur d’identité citoyenne, il est considéré comme le moyen pour chacun de participer à la création de richesses collectives mais aussi, par la ressource financière qui en résulte, d’assurer sa vie familiale et sa participation au débat démocratique. Le droit au travail participe de la dignité de l’être humain.  Il a été affirmé pour la première fois en 1848. La constitution de  1946  précise que   » Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi « . Le droit au travail est présent dans la constitution, de 1958, toujours actuelle.

Il est donc donné pour mission à l’Etat de réguler le marché du travail en faveur des citoyens. Celui-ci contrôle  le processus d’accès à travers une action législative qui s’appuie sur l’administration : celle du ministère travail, de la formation professionnelle et du dialogue social, celle des Affaires sociales, celle des sports, de la jeunesse et de l’éducation populaire. Mais il s’appuie également sur l’Éducation nationale chargée d’assurer, par une gestion de l’orientation scolaire et professionnelle, une première régulation des flux de main d’œuvre à travers sa politique d’orientation, de formation et de certification. A partir de 1973, avec la création des SCUIO (85 en 2011),  le secrétariat d’état puis le ministère de l’Enseignement supérieur rejoindront cette mission .

Dépendante dans un premier temps d’organismes  professionnels de l’artisanat ou du commerce ou encore des collectivités locales, très tôt, c’est à l’école et à l’enseignement supérieur qu’a été confié la plus grande part de régulation de l’orientation, surtout à partir de 1971 tandis que l’Agence nationale pour l’emploi s’occupe de l’accès direct à l’emploi.  Depuis, la mission de l’Education nationale est  de préparer les élèves à répondre aux besoins de la Nation, notamment à travers une formation professionnalisante (professionnelle, technique, technologique) intégrée au système général.  L’école prépare donc l’orientation des élèves en s’appuyant sur les professeurs mais aussi le corps des 4400 conseillers d’orientation-psychologues qui font partie des personnels enseignants, d’éducation et d’orientation. Le système éducatif dispose aussi d’un réseau de 550 centres d’information et d’orientation qui maillent le territoire public et d’un organisme d’information, l’Onisep. Comme il convient de rendre les diplômés capables de remplir un rôle déterminé dans la vie active, dans l’enseignement supérieur,  dès 2000, l’insertion professionnelle et l’«employabilité » deviennent des enjeux stratégiques forts. Se développent alors des diplômes professionnalisants et des accompagnements pédagogiques spécifiques (Projet professionnel de l’étudiant).

En France, le rôle de l’école dans la régulation des flux de main d’œuvre marque le pas. La troisième révolution industrielle bouleverse les repères de l’orientation. Le problème de l’insertion professionnelle  est récurrent depuis la crise pétrolière de 1973 et le nombre de jeunes en situation d’attente à la sortie de leur formation ne fait que s’accroitre tandis que subsiste un noyau de non qualifiés. Dans la même proportion  les mesures et les dispositifs de prévention, de remédiation ou d’accompagnement se développent en aval du système scolaire. Le montant total des mesures en faveur de l’emploi représentaient 74 milliards d’Euro en 2007 (Dares, décembre 2009).  On assiste, en effet, à une multiplication de mesures et d’intervenants dans un domaine où se mêlent les initiatives publiques, associatives et privées. En France, jusqu’à la loi de 2009, l’orientation, considérée comme un processus d’accompagnement vers l’emploi, n’avait jamais constitué une véritable composante autonome de l‘action publique ni son processus une science spécifique.

Entre 2005 et 2013, près de 45  rapports et études auxquels s’ajoutent récemment celui de François Goulard et celui du recteur Filâtre sur le même thème ont été rédigés . Ils tendent à faire porter le dysfonctionnement des systèmes actuels sur l’éparpillement des intervenants et des compétences, l’absence d’une vraie gouvernance et de communication inter-institutionnelle, l’inexistence d’une culture commune, la prédominance d’une construction pyramidale et le problème de gestion posé par l’enseignement supérieur aux performances médiocres si l’on en croit les rapports internationaux, inégalitaire mais aussi submergé par les étudiants.

Actuellement, en même temps qu’évoluent les technologies et les législations, la notion d’orientation tend vers une plus grande personnalisation où le besoin de conseil et d’orientation est récurrent sur l’ensemble du cycle de vie. Cette quatrième période, apparaît comme celle de l’accompagnement.  S’orienter est un acte personnel dans lequel il convient de se sentir efficace. C’est  une prérogative personnelle qui repose sur le développement des habiletés utiles. Toutefois  la construction d’une approche orientante concerne  aussi les membres de la communauté éducative (dont les parents), universitaire et entrepreneuriale.  Enfin, le conseil en orientation, qu’il soit celui rendu en termes d’organisation d’un contexte orientant, ou encore de prestation  personnalisée auprès de l’acteur impliqué, est l’objet d’un véritable métier où il apparait qu’une culture commune rassemble les agents.

Un nouveau statut a été créé en février 2017  par le Ministère de l’Éducation Nationale, celui de « Psychologue de l’Education Nationale » (PsyEN). Plus qu’un rassemblement autour d’un public commun (personnes en transition scolaire et professionnelle) ou une conception éducative et accompagnatrice partagée, il semble davantage le fruit d’une position apparemment commune autour de la psychologie et une réponse à une demande récurrente des corps de psychologues scolaires et d’orientation, à savoir la constitution d’un corps unique de la maternelle à la Terminale. Les divergences d’écoles entre deux conceptions longtemps rivales de la psychologie parait, pour l’instant, s’estomper. Toutefois, à l’inverse de certains pays où elle est considérée comme une discipline universitaire (par exemple au Québec) la construction d’une culture disciplinaire commune de l’orientation semble avoir disparu .

Certes, le texte fait clairement référence à la déontologie du psychologue  « Les psychologues de l’Éducation nationale exerceront leur métier dans le respect des principes déontologiques et éthiques de la profession réglementée de psychologue. Ils mobiliseront leur expertise au service de la prise en compte du développement psychologique, cognitif et social des élèves pour assurer leur parcours de réussite. Ils apporteront aux familles ainsi qu’aux équipes pédagogiques et éducatives un éclairage spécifique sur les élèves. Lorsque les circonstances l’exigeront, ils participeront aux initiatives mises en place dans le cadre de gestion des situations de crise. Ils contribueront ainsi à favoriser une approche bienveillante de l’École. »

Certes, deux spécialités sont conservées, l’une pour le primaire, l’autre pour le secondaire « éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle »

« La spécialité « éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle » s’exercera auprès de collégiens, lycéens et étudiants.

Sa mission sera de contribuer à créer les conditions d’un équilibre psychologique des élèves favorisant leur réussite et leur investissement scolaires. Le psychologue de l’Éducation nationale « éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle » accompagnera les élèves et les étudiants dans l’élaboration progressive de leur projet d’orientation. En lien avec les équipes éducatives, il participera à la conception et à la mise en œuvre d’actions permettant l’appropriation d’informations sur les formations et les métiers et l’évolution de leurs représentations. Il contribuera à l’élaboration de parcours de réussite des élèves en leur permettant de prendre conscience des enjeux de leur formation et de s’orienter vers une qualification visant leur insertion socioprofessionnelle. Il informera ainsi les élèves et leurs familles ainsi que les étudiants, et les conseillera dans l’élaboration de leurs projets scolaires, universitaires et professionnels.

Il portera une attention particulière aux élèves en difficulté, en situation de handicap ou donnant des signes de souffrance psychologique. Il participera également à la prévention et à la remédiation du décrochage scolaire. Le psychologue de l’Éducation nationale « éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle » mobilisera ses compétences sous l’autorité du directeur du centre d’information et d’orientation dans lequel il sera affecté. »

Mais, comme le soulignent certains commentateurs, la psychologie semble la grande oubliée du jury du concours maintenant commun. Et aujourd’hui, l’orientation au lycée, notamment dans le cadre du Plan Étudiants présenté en octobre 2017 apparait plutôt menée par les professeurs. La référence au rôle du Psychologue de l’orientation y est totalement absente.

« Les mesures envisagées s’appuient essentiellement sur une redéfinition inquiétante du rôle des enseignants. De l’accompagnement individuel pour “la construction du projet d’études” à la “prise en compte du profil de chaque lycéen et de ses choix” pour l’entrée dans le supérieur, le plan Étudiants ne se contente pas de demander à des adolescents de 15 ans de savoir ce qu’ils veulent faire “quand ils seront plus grands”, il suggère aussi aux enseignants de deviner l’état du marché de l’emploi et des filières d’avenir à l’horizon des dix prochaines années – dans un monde numérique en mutation permanente… on confie donc aux enseignants, alors que ce n’est pas leur métier, les fonctions des CIO [centre d’information et d’orientation, ndlr] qu’on a auparavant allégrement supprimés. » (Libération du 1er novembre 2017).

Je vous conseille de suivre aussi le blog de Bernard Desclaux sur ce thème .

Jean-Marie Quiesse

1er novembre 2017



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