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S’organiser pour accompagner l’orientation tout au long de la vie

Un dispositif d’orientation se développe en France depuis 1922. En 1972 est introduite la notion de formation continue. 1996 est décrétée « année européenne de l’éducation et de la formation tout au long de la vie». En mars 2000, à Lisbonne, le Conseil européen des chefs de gouvernement décide de faire de ce concept une composante essentielle de la politique européenne. Compte tenu de leur passé historique, professionnel et éthique, les services de l’Education nationale et l’Office national d’information sur les enseignements et les professions (Onisep) peuvent apporter leur soutien à la mise en acte de cette intention. Ils possèdent les moyens de cette ambition. 

L’information et la guidance sont alors explicitement évoquées dans la Déclaration de Copenhague. En 2006 est publié un cadre européen des compétences clés dont chaque personne a besoin pour obtenir un emploi, parvenir à la satisfaction personnelle, à l’inclusion sociale et à la citoyenneté. Un an après la déclaration 2007 de Lisbonne, celle de Bordeaux, incite à investir davantage dans le capital humain et dans la créativité tout au long de la vie. Toujours en 2008, un cadre européen des certifications (CEC) est adopté. L’orientation est définitivement intégrée dans la stratégie européenne par l’adoption du Conseil européen d’une résolution pour « mieux inclure l’orientation tout au long de la vie ». Elle émerge enfin dans l’institution française par la loi sur l’orientation et la formation tout au long de la vie d’octobre 2009. Compte tenu de leur passé historique, professionnel et éthique, les services de l’Education nationale et l’Office national d’information sur les enseignements et les professions (Onisep) peuvent apporter leur soutien à la mise en acte de cette intention  et ils possèdent les moyens de cette ambition.

1. De nouveaux environnements où l’orientation se construit en permanence

En quelques années, l’information pour l’orientation est passée du contexte documentaire à celui des environnements informationnels numériques. Dans le même temps le centre d’appropriation de la décision s’est déplacé vers l’internaute lui-même. Beaucoup de nouveaux usagers souhaitent gérer eux mêmes leurs choix de carrière, aspirent à devenir pleinement agents de leur orientation et de leurs apprentissages. Apparaissent alors de nouveaux comportements. Portés par les technologies informatiques, ils sont aussi liés économiquement aux besoins de mobilité, conséquence d’environnements changeants, dématérialisés et complexes où l’indécision personnelle tendrait à être considérée comme une caractéristique positive (1). On assiste, donc à une montée en puissance des dimensions personnelles tandis qu’au niveau de la formation se renforce la dimension professionnelle, élément essentiel d’employabilité. On peut estimer que la formation tout au long de la vie bouscule l’orientation (2). Cette évolution interroge l’école, ses modes de transmission, ses langages et ses valeurs culturelles. Il s’agit d’un contexte où, pourtant, le rôle de la de la connaissance est renforcé puisque « c’est l’accès à la formation utile qui permet à chaque personne de se réaliser de façon pertinente (3 )». Mais cette formation ne se situe plus exclusivement dans le cursus de formation initial. L’orientation non plus. « Aujourd’hui, nous pouvons tous avoir besoin d’informations et de conseils sur «la voie à suivre» à différents moments de notre vie et de manière peut-être imprévisible (4)». En regard de l’employabilité chacune et chacun a aussi besoin de développer une orientabilité par le développement de capacités adaptées aux environnements.(5)

2. Une nouvelle approche de l’orientation et de nouvelles missions

L’accès à une formation, où l’employabilité devient centrale, s’effectue à travers la construction de parcours personnels où les expériences professionnelles se mêlent aux apprentissages. Il convient donc de développer une orientation proactive en ouvrant chez les gens les capacités à s’orienter, démarche où « la mission du professionnel est d’accompagner les individus tout au long de ce voyage unique qu’est la vie, en libérant leur motivation, en leur fournissant des informations pertinentes et en leur facilitant la prise de décision. ». Cette approche repose sur une aide globale, qu’il s’agisse d’opter pour une voie de formation (educational guidance), de choisir une activité professionnelle (vocational guidance), ou bien des prendre des décisions d’ordre personnel. « Cette définition tridimensionnelle fait évoluer les représentations vers un élargissement et un approfondissement des missions : on passe d’une perspective d’orientation scolaire centrée sur les transitions et les décisions à prendre pour avancer dans la carrière scolaire (domaines de formation, options, établissements), où les élèves subissent plus ou moins passivement les décisions prises par les équipes éducatives, à une perspective d’orientation tout au long de la vie (OTLV), où l’empowerment des individus est central et où personnels et élèves s’engagent conjointement dans un processus visant la maîtrise de compétences transversales pour la prise de décision » (6).

3. Une résolution européenne pour inclure l’orientation tout au long de la vie

Avec la résolution Mieux inclure l’orientation tout au long de la vie dans les stratégies d’éducation et de formation tout au long de la vie publiée en novembre 2008, le Conseil de l’Union Européenne affine le projet de résolution de 2004 et définit quatre axes prioritaires d’action pour les politiques communautaires et nationales en matière d’orientation :

  • Favoriser l’acquisition de la capacité à s’orienter tout au long de la vie ;
  • Faciliter l’accès de tous les citoyens aux services d’orientation ;
  • Développer l’assurance qualité des services d’orientation ;
  • Encourager la coordination et la coopération des différents acteurs aux niveaux national, régional et local.
  • Favoriser les interventions d’organismes extérieurs spécialisés
  • Proposer des programmes pédagogiques visant à développer la capacité des élèves à prendre des décisions et à gérer leur carrière.

4. Un besoin de développer chez l’élève les capacités à s’orienter

L’orientation consiste trop souvent à présenter des modèles à atteindre, repose sur un discours positif de persuasion, se limite enfin à la mise en œuvre d’actions qui visent à prévenir l’échec scolaire et le décrochage avec, lorsqu’il n’est plus possible de faire autrement, appel à un professionnel du conseil. Or, en ce domaine aussi, réussir s’apprend et peut donc être déclinée pragmatiquement en séries d’actes d’apprentissages mesurables et donc valorisables. Ceux-ci débouchent sur l’acquisition de compétences utiles dont la mise en œuvre procure un sentiment d’efficacité personnel spécifique au domaine traité.
Ainsi, en orientation, la maîtrise du devenir personnel passe d’abord par celle des opérations qui la préparent. Plus l’efficacité perçue à mener ces démarches est grande, plus le niveau de capacité à choisir, une formation ou une profession, est élevé7. Se former tout au long de la vie intègre donc l’apprentissage de la construction de parcours où apprendre et s’orienter opèrent dans une simultanéité qu’il convient d’apprendre à gérer personnellement à travers l’acquisition d’habiletés spécifiques, utiles et durables. Ainsi, il s’agit de :

  • Acquérir les compétences à gérer l’information pour qu’elle devienne utile8 (recherche, traitement, partage)
  • Vivre des expériences pour en intégrer les acquis dans une optique d’ouverture de perspectives,
  • Savoir évaluer son niveau d’apprentissage et le comparer aux exigences de son projet
  • Mesurer son sentiment d’efficacité personnelle, parce qu’il est un bon prédicteur
  • Réfléchir sur ses intérêts et ses valeurs
  • Savoir construire une démarche décisionnelle appropriée est source d’équilibre personnel.

5. L’école comme premier lieu d’apprentissage de l’orientation

« Les sociétés modernes sont confrontées à la double tâche d’introduire dans la vie les jeunes générations et de les répartir dans les différentes professions ». Il est confié à l’école française le soin de médiatiser la relation entre l’enfant, la famille et la société. Certes, on constate, qu’en 2009,    l’obtention d’un diplôme ou d’une certification ne suffit plus à « faire » l’orientation. Un décalage se produit alors entre cette institution et bon nombre de citoyens qui en attendent insertion professionnelle et inclusion sociale9. Mais cette constatation, faite dans le contexte général développé plus haut, ne minimise en rien l’importance du rôle de l’école en matière d’apprentissage des habiletés à s’orienter : parce qu’il s’agit de gommer les inégalités d’origine, parce qu’elle est déjà un lieu d’exercice de l’orientation mais aussi parce qu’elle a mission de développer des capacités à s’orienter (10).

Si l’orientation a longtemps été le « passager clandestin » de l’école, elle ne peut plus le rester. Il convient de lier apprentissages et orientation par l’organisation d’une approche intégrée aux cursus d’enseignement, parce qu’alors, ceux-ci y trouvent une valorisation sociale et un sens professionnalisant aux yeux des élèves et des parents. Il s’agit, nous l’avons déjà dit, de faire acquérir les capacités utiles en la matière afin que tous les élèves sans exception y développent le sentiment de pouvoir réussir, mais avec une attention particulière et renforcée pour les élèves qui ont le plus besoin d’aide et des interventions spécifiques lorsqu’ils sont en situation de « décrochage ». Il ne s’agit pas de décréter la réussite et la qualification pour toutes et tous, il s’agit de bâtir concrètement des itinéraires de réussite adaptés à la mesure et aux intentions de chacun.
En France les sources d’information sont assez bien déterminées (Onisep) mais encore incomplètes (renseignements sur les niveaux et pré-requis attendus dans les formations, description utile du contenu des enseignements, information sur les tendances d’employabilité, modules d’aide à l’autogestion informationnelle en ligne). Commencent aussi à être bien structurées les modalités de coopération et d’action avec les environnements économiques et de formation ainsi qu’un embryon de programmes (PDMF, DP3, DP6).

Mais restent posées un certain nombre de questions :

  • Sur quel support scientifique et quelles recherches se base le savoir en matière d’orientation ?
  • Comment peut-il échapper à une simple didactique d’enseignement du type apprendre à s’orienter alors qu’il s’agit d’un processus dynamique « apprendre et s’orienter » ?
  • Quels types de personnels doit-on associer à la mise en œuvre du développement des compétences ?
  • Quelles sont les ressources nécessaires à une démarche pédagogique équitable (matériels, horaires, ressources documentaire, locaux, budgets…) ?
  • Qui coordonne les actions dans l’établissement d’enseignement ?

6. Organiser l’accès à un service d’orientation ouvert tout au long de la vie

Le système national de l’orientation a maintenant 39 ans. Les lieux d’accueil existent depuis 1922  mais le modèle de son organisation territoriale s’inspire toujours de celui de 1938. Le processus d’orientation s’est intégré à l’école lorsqu’en 1971 celle-ci en a pris la tutelle, bornant de fait son extension à ses frontières. Le rôle de ce système administré, avec ses procédures et sa gestion,  reste aujourd’hui limité à la formation scolaire et son système d’évaluation ne prédit que très moyennement de la réussite en termes de qualification ou encore du devenir de la carrière (11). Les services d’information et d’orientation du ministère de l’éducation nationale  mais aussi les Centres d’information pour l’orientation, n’ont plus le monopole de l’orientation. S’il s’agit d’établir de la cohérence à l’intérieur du système éducatif ou universitaire, la tâche en incombe aux responsables : Recteur dans un cas, Président dans l’autre. Mais la création d’un réseau territorial cohérent ne peut dépendre d’une seule organisation administrative verticale.

L’orientation et les apprentissages se poursuivent tout au long de la vie depuis officiellement une  trentaine d’années. Des organisations et des lieux d’accueil et de conseil se sont empilés par strates sans que soit envisagé un système plus global et surtout plus intégré, privilégiant la simplicité d’accès. Pourtant l’Union européenne estime que « les centres d’orientation ne peuvent être circonscrits à un contexte institutionnel unique, tel que les établissements d’enseignement ou les agences pour l’emploi. Ils doivent devenir des services locaux ouverts, disponibles pour les citoyens selon des modalités et à des heures qui répondent à leurs besoins» (12). Et ces organisations d’accueil de demain ne seront vraiment appelées à  jouer pleinement  leur rôle de conseil (aide relationnelle et personnalisée) que dans une organisation de qualité (formation des personnels, équipements à hauteur de l’enjeu…) mais aussi  un cadre statutaire garantissant leur neutralité et leur transversalité institutionnelle.


1 KITABG S., DAIN M. l’évaluation scolaire est-elle au service de l’orientation ? BIOP, Paris, 2009

2 DANTZER N., Quand la formation tout au long de la vie bouscule l’orientation, Cahiers pédagogiques n°463, mai2008

3 SENNET R. (2006). La culture du nouveau capitalisme. Paris. Albin Michel.

4 Mémorandum de la Commission européenne sur l’éducation et la formation tout au long de la vie – Message 5: Une nouvelle conception de l’orientation.

5 QUIESSE JM, FERRE D., RUFINO A., l’approche orientante : une nécessité, Qui plus est, Paris, 2007

6 ENDRIZZI L, INRP, Dossier d’actualité n° 47 – septembre 2009. La relation école-emploi bousculée par l’orientation.

7 BANDURA A. Auto efficacité – le sentiment d’efficacité personnelle- Bruxelles, De Boeck, 2002

8 Des informations sur ce qu’il est nécessaire et suffisant de savoir pour fonder une conduite efficace. (RUFINO A.) Les besoins portent principalement sur les environnements professionnels et d’emploi, les itinéraires et niveaux de formation à atteindre, ses propres potentialités et ses domaines d’efficacité et d’intérêt.

9 QUIESSE JM., Interrogations, Cahiers pédagogiques n°463, mai 2008

10 Compétence 7 du socle commun des connaissances et des compétences, autonomie et initiative « En développant cette compétence, l’élève se donne les moyens de réussir sa scolarité et son orientation, de s’adapter aux évolutions de sa vie personnelle, sociale et professionnelle. »

11 KITABG S., DAIN M. l’évaluation scolaire est-elle au service de l’orientation ? BIOP, Paris, 2009

12 Mémorandum de la Commission européenne sur l’éducation et la formation tout au long de la vie – Message 5: Une nouvelle conception de l’orientation.

13 DANVERS F., Dictionnaire de sciences humaines : s’orienter dans la vie : une valeur suprême ? 2009-Presses universitaires du Septentrion-Préface SOLAUX G., postface SAINT-FLEUR J.P.

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