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Développer le sentiment d’efficacité personnelle par une approche orientante. J.M. Quiesse

Les 18 et 19 mars s’est tenu au CNAM de Paris un colloque sur « l’accompagnement de l’orientation aux différents âges de la vie ». Nés en 1922, les systèmes d’orientation français reposent essentiellement sur des textes fondateurs   de 1970 et 1989 en ce qui concerne le scolaire, 1982 et 1986 pour les dispositifs d’insertion. Depuis, les environnements médiatiques et économiques ont profondément changé ainsi que la perception collective de l’espace de mobilité.  La résolution européenne de 2008 et la loi de 2009 ouvrent de nouvelles perspectives. Accompagner une personne dans son orientation, c’est l’amener à développer son orientabilité à travers l’acquisition de capacités décisionnelles en termes de choix de métiers, de parcours de formation et de choix de vie. Plus l’efficacité décisionnelle perçue est forte, plus le niveau d’activité exploratoire destiné à faciliter la sélection et la planification de carrière est élevé. L’approche orientante  vise alors à accompagner l’élève, l’étudiant ou l’employé, dans un cheminement personnel et professionnel où il se construit une identité.



1. A l’époque du « digital» (1), les contextes de l’orientation

Nés en 1922, les systèmes d’orientation français reposent essentiellement sur des textes fondateurs de 1970 et 1989 en ce qui concerne le scolaire, 1982 (2) et 1986 (3) pour les dispositifs d’insertion. Depuis, les environnements médiatiques et économiques ont profondément changé ainsi que la perception collective de l’espace de mobilité et de relation. Le développement des connaissances et son impact direct sur les technologies influencent directement les organisations sociales dont celles du travail et donc, la relation des gens à leur devenir, remettant en cause les façons de se sentir utile au monde et de construire son identité dans l’espace et la durée, notamment à travers l’activité professionnelle. Les modalités (écrit, image…) et les lieux (réseaux) de construction identitaires se trouvent bouleversés.

On vit dans un flux grandissant, permanent et évanescent d’informations sur le Net. Le centre de décision s’est déplacé vers l’internaute lui- même, au centre de la toile. Navigation et choix sont individualisés sinon solitaires. Dans le même temps, les nouveaux systèmes médiatiques du Web induisent leurs propres valeurs. Dès l’école secondaire, les jeunes sont confrontés à des systèmes décisionnels automatisés comme affelnet ou admission post bac (4). A l’organisation en filières préprogrammées se substituent des organisations modulaires comme le LMD (5) où les acquis deviennent capitalisables.

Accompagner l’orientation aujourd’hui, c’est aider chacune et chacun à développer des compétences efficaces en termes de construction de parcours et de recherche des solutions singulières et performantes sur la toile du net et à travers ses réseaux sociaux.

Le champ de formation et d’emploi s’est élargi. Travail et emploi glissent vers les notions de projet et d’employabilité (6) Les contextes de travail deviennent de plus en plus « flottants » (7), avec des activités et des technologies en changements accélérés qui induisent une multiplication des situations transitionnelles et d’indécision personnelle.

2. Du travail à l’employabilité, de l’orientation à l’orientabilité

Face à ces nouvelles données, l’Union européenne, dans la résolution de 2008 (8)affirme que s’orienter joue un rôle déterminant dans la prise des décisions importantes auxquelles les individus sont confrontés tout au long de leur vie et qu’il faut donc contribuer à la responsabilisation des individus en leur permettant de gérer leur propre parcours professionnel de manière plus sécurisée. L’esprit de cette déclaration est décliné au niveau national dans la loi du 24 novembre 2009 (9). Au droit à l’information et au conseil, elle ajoute celui de l’accompagnement. L’orientation n’est pas seulement l’affaire d’un choix de carrière mais celle d’une évolution personnelle dans une perspective de réussite.

Les parcours d’apprentissage se construisent en effet, pour le plus grand nombre, en interaction permanente avec les expériences professionnelles et personnelles, et ceci tout au long de la vie. Dans ce contexte, apprendre et s’orienter sont les deux chantiers prioritaires du futur pour rester employable (10). Comment alors développer son orientabilité (11) ?

Le contenu de ce travail s’appuie principalement sur les travaux de Bandura (12), Betz et Taylor, Pelletier (13), Blanchard(14) dont les résultats ont ont inspiré l’expérimentation du Webclasseur (15) Onisep réalisée en 2009 dans l’académie de Montpellier, travail mené par moi-même, B.Maurer et N.mze Mbaba avec la collaboration d’une cinquantaine de professeurs.

3. Accompagner pour construire l’orientabilité

Accompagner une personne dans son orientation, c’est l’amener à développer son orientabilité à travers l’acquisition de capacités décisionnelles en termes de choix de métiers, de parcours de formation et de choix de vie. Il s’agit d’être efficace, mais surtout, de se sentir efficace afin d’accroître la confiance en son propre jugement. Cette démarche ne relève pas de la méthode Coué (16) mais se construit à travers des expériences et des exercices. Apprendre et s’orienter s’effectuent en effet très souvent dans le même temps, surtout à partir de soi même, et pas toujours dans le cadre imposé.

Ceux qui doutent de leur capacité à prendre une bonne décision sont hésitants au niveau de leur orientation professionnelle et scolaire (17). Dans l’action, avoir confiance en son jugement apparaît comme fondamental. C’est d’abord se sentir les capacités à maîtriser ce qui est nécessaire, et dégager ses qualités personnelles. Et pour cela il convient non seulement d’apprendre à faire, mais surtout se sentir efficace. Plus l’efficacité décisionnelle perçue est forte, plus le niveau d’activité exploratoire destiné à faciliter la sélection et la planification de carrière est élevé . La croyance d’efficacité influence en effet l’éventail d’options professionnelles.

Les expériences de maîtrise en matière d’auto efficacité et d’auto régulation renseignent sur ses capacités personnelles, mais aussi deviennent sources d’autosatisfaction et stimulent l’intérêt. Elles apparaissent également comme des sources de changement.

4. Développer et évaluer son auto-efficacité

Se représenter l’avenir, c’est d’abord se sentir capable de construire et d’agir sur son propre devenir. Développer son auto-efficacité en la matière, c’est alors apprendre à maîtriser les opérations qui préparent l’orientation à savoir la gestion informationnelle, l’auto évaluation des capacités et des goûts, la sélection du style de vie souhaité, la planification de parcours cohérents d’actions, la mise au point de stratégies (18).

C’est dans l’élaboration de parcours de recherche et d’expérience que l’information trouve son sens. Evaluer son sentiment d’efficacité personnelle en matière de choix d’orientation, c’est tenter de répondre à la question de savoir de quoi on est capable et ce qu’on est prêt à investir pour trouver sa place. Concrètement cette recherche repose sur quatre approches : qu’est-ce que je pense que je suis capable de faire ? Quels niveaux dois-je être capable d’atteindre pour réaliser ce que je souhaite ? Dans quels environnements de travail et d’emploi se situe mon projetd’insertion professionnelle? Que suis-je prêt à investir pour pouvoir atteindre ce que je souhaite ?

5. Poser une approche orientante

Denis Pelletier, positionne l’approche orientante comme «une démarche adaptée au monde d’aujourd’hui où l’orientation doit se concevoir comme une démarche inachevée, en construction permanente, au fur et à mesure des expériences et des contextes.» (19)

L’orientation n’est pas que l’affaire d’un choix de carrière mais celle d’une évolution personnelle dans une perspective de réussite. L’approche orientante vise alors à accompagner l’élève, l’étudiant ou l’employé, dans le cheminement personnel et professionnel où il se construit une identité. Il ne s’agit plus d’apprendre à s’orienter, mais d’apprendre et s’orienter, car, « c’est en construisant ses apprentissages que l’on construit son parcours » (20).

L’approche orientante « émerge du besoin d’assurer et de soutenir le plus efficacement possible la réussite éducative des élèves »(21). Il s’agit de donner sa part au rêve, mais surtout de rendre plus motivant le contexte scolaire, d’apporter un sens accru aux apprentissages par les liens à faire avec le monde du travail et avec la démarche d’orientation de chacune et de chacun.

« Le concept de « sentiment d’efficacité personne lle » initié par Albert Bandura, réunit les éléments qui motivent à choisir et à s’engager dans un but donné, y persévérer et faire des efforts pour réussir » (22). L’approche orientante construit le cadre pédagogique où vont se dérouler les activités ouvrant à des réalisations personnelles, facilitant des rencontres clefs, organisant des évaluations pertinentes, apprenant à interpréter et gérer les aspects émotionnels, à réguler les interactions sociales. Elle crée les conditions de développement des compétences décisionnelles à travers l’apprentissage de l’auto- gestion informationnelle sur les activités professionnelles et leurs compétences sous-jacentes, de l’auto-évaluation de ses propres performances, ses potentialités et leur mise en regard de parcours de formation, de l’auto-réflexion à propos de ses valeurs et de ses intérêts

C’est une configuration qui crée les conditions de mise en œuvre des compétences où s’exerce l’efficacité personnelle. Les individus y « posent des actes qui leur procurent de la satisfaction et leur donnent confiance en eux, où ils examinent leur fonctionnement et réfléchissent à leur efficacité personnelle » parce que « la croyance des enfants en leurs capacités et aspirations de carrière influencent le type de parcours ainsi que leur succès au cours de la scolarité » (23) C’est une configuration qui met en situation de pouvoir faire. L’approche orientante apparaît alors comme « une démarche adaptée au monde d’aujourd’hui où l’orientation doit se concevoir comme une démarche inachevée, en construction permanente, au fur et à mesure des expériences et des contextes. » Il s’agit de configurer un milieu et des pratiques pour fournir à des personnes en évolution des contextes révélateurs d’identité et indicateurs d’avenir quant à leur réussite. On peut d‘ailleurs estimer que le E- portfolio (24) est instrument qui participe de cette démarche mobilisante (25).

6. Agir sur les trois principes de l’approche orientante

  • Mobilisation : il s’agit de structurer des activités de manière à conduire les personnes au succès, ouvrir des perspectives de devenir, développer des compétences autorégulatrices qui permettent à chacune et à chacun de se prendre en charge. Un fort sentiment d’efficacité contribue à la maîtrise des opérations qui préparent les choix. Il convient donc de configurer le milieu pour que puissent s’exercer les compétences en termes d’auto-efficacité.
  • Infusion : il s’agit d’apporter un sens accru aux apprentissages par les liens à faire avec le monde du travail et avec la démarche d’orientation et d’insertion de chacune et de chacun. Etablir des liens entre les disciplines en termes d’apprentissage de compétences qui, bien qu’acquises dans des domaines différents, participent à ce qui est utile pour l’orientation et l’insertion mais aussi des compétences transversales. Etablir des liens entre les savoirs disciplinaires, les compétences développées, et les carrières envisagées.
  • Coopération : il s’agit de développer des habitudes d’échanges entre les personnes, dans le cadre de la formation mais aussi avec les milieux d’orientation et d’insertion. Développer des projets partagés où les échanges permettent la confrontation de modèles, l’évaluation par les pairs, la gestion émotionnelle, le développement de son efficacité dans la parole et dans l’action mais aussi la construction de récits de vie , l’expression de rêves, d’intentions et de projets, le partage d’expériences.

7. Le sentiment d’efficacité à la base de la confiance

L’efficacité perçue influence les buts que les personnes se fixent. Plus la croyance des personnes en leur efficacité est forte, plus vastes sont les choix de carrière. Ceux qui savent bâtir ou construire l’auto-efficacité évitent de mettre les autres dans des situations où ils risquent prématurément d’échouer (26). L’approche orientante permet de configurer le milieu pédagogique de façon à ce que les professeurs puissent se sentir efficaces en termes d’accompagnement des jeunes dans la maturation de leurs projets et la construction de leurs parcours. C’est à cette condition qu’une meilleure relation de confiance pourra s’établir avec les autres acteurs de l’orientation que sont les parents, les conseillers d’orientation- psychologues et les représentants du monde économique.

Jean-Marie Quiesse, Intervention colloque CNAM-INETOP, Paris, 18 Mars 2010 l’accompagnement à l’orientation aux différents âges de la vie.

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1 PRENSKY M . (2001) Digit al natives, digital immigrants On the Horizon. NCB University Pres s, Vol. 9 No. 5

2 Création des PAIO et Missions locales, 1981, rapport Schwartz B.

3Création du DIJEN, dispositif d’insertion des jeunes de l’éducation nationale.

4 logiciels d’orientation et d’affectation automatisés, pour l’accès au lycée et pour l’accès à l’enseignement supérieur.

5 Licence Master Doctorat, organisation européenne universitaire

6 SAVICKAS M. (2010) « constructing a Self and Designing a Life in the 21st Century” Inetop Cnam,  7“l’accompagnement à l’orientation aux différent âges de la vie”. Paris 2010

8 SENNET R. (2006). La culture du nouveau capitalisme. Paris. Albin Michel

9 Résolution du Conseil sur « Mieux inclure l’orientation tout au long de la vie dans les stratégies d’éducation et de formation tout au long de la vie » novembre 2008

10 Loi2009-1437 du 24 novembre 2009

11 DANVERS F. (2009) S’orienter dans la vie, une valeur suprême, 2009-Presses universitaires du Septentrion

12QUIESSE JM.- FERRE D.- RUFINO A.- (2007), Oser l’approche orientante, Qui plus est, Paris

13 BANDURA A.  Auto-efficacité et sentiment d’efficacité personnelle, de boeck, Paris, 2003 ;  BANDURA BETTZ-14BROWN-LENT-PAJARES (2009) Les adolescents, leur sentiment d’efficacité personnelle et leur choix de carrière, Québec, Septembre éditeur

15 PELLETIER and Co, (2004) l’approche orientante, la clef de la réussite, Québec, septembre éditeur

16 BLANCHARD S. OSP n°1 (2008) et n°4 (2009) ; sentiment d’efficacité personnelle et orientation scolaire

17Le Webclasseur Onisep, appelé aussi passeport pour l’orientation, est un Eportfolio intégré aux Espaces numériques de travail (ENT).

18 Emile COUE, partisan de la psychothérapie basée sur la suggestion et l’auto hypnose

19 BANDURA A.  Auto-efficacité et sentiment d’efficacité personnelle, de boeck, Paris, 2003 (cite Bergeron et Romano 1994)

20 BANDURA A.  (2003) Auto-efficacité et sentiment d’efficacité personnelle, Paris, De boeck, (Crites, 1974)

21 PELLETIER -BANDURA-BETZ-BROWN-LENT-PAJARES,2009,  Les adolescents, leur sentiment d’efficacité personnelle et leur choix de carrière, Québec, Septembre éditeur.

22 FERRE.D. 2005, Pour une approche orientante de l’école française, Qui plus est, Paris

23 PELLETIER -BANDURA-BETZ-BROWN-LENT-PAJARES,2009,  Les adolescents, leur sentiment d’efficacité personnelle et leur choix de carrière, Québec, Septembre éditeur.

24 PELLETIER- BANDURA-BETZ-BROWN-LENT-PAJARES,2009,  idem

25 BANDURA A. (2003), Auto-efficacité : le sentiment d’efficacité personnelle, Paris, De boeck

26 BANDURA A. (2003), idem

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