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Enseignements disciplinaires,évaluation et compétences (Roland Louis)

Vers un nouveau modèle d’évaluation

Roland Louis est professeur à l’Université de Sherbrooke (Canada), spécialiste en évaluation et en pédagogie universitaire. De passage à Montpellier, il est intervenu le 22 mai devant les formateurs de l’IUFM.

L’évaluation est une conduite intrinsèque à la personne humaine

Evaluer est un principe naturel d’adaptation aux environnements. Chacun évalue donc selon ses propres valeurs. La difficulté apparaît lorsqu’il s’agit de formaliser la démarche pour l’appliquer à un système social, une organisation humaine. Ces dispositifs ont pourtant une visée d’amélioration et d’accompagnement. Leur finalité est d’apporter de la valeur ajoutée non seulement au système mais aussi aux employés ainsi qu’à leurs bénéficiaires. Il ne s’agit pas de détruire des motivations.

La plupart du temps ce sont les mauvais usages de l’évaluation qui sont mis en lumière, surtout lorsqu’elle touche des personnes. On évalue plus souvent celle-ci que le processus d’apprentissage qui a été mis en place pour faciliter les acquisitions. Les modèles traditionnels créent plus d’échecs qu’ils ne mobilisent. Pourquoi les garde-t-on ?

Vers un modèle écologique

Auparavant, il convenait de mesurer la performance « naturelle » pour définir la place sociale de l’individu. L’apprentissage s’est longtemps référé à la courbe « normale », l’intelligence innée ou la sélection naturelle.
Ce modèle s’est complété d’une conception d’apprentissage centrée sur un contenu externe à la personne, la discipline. Celle-ci était jugée capable, par sa didactique propre et ses modèles, de faire évoluer les connaissances de l’élève. Dans ce cadre l’évaluation est devenue celle d’une conformité avec un programme, celui-ci étant garant de la progression individuelle jusqu’au niveau requis par l’organisation.
Compte-tenu des nouveaux défis posés à la société et de l’avancée des sciences cognitives, un nouveau modèle émerge, celui d’un apprentissage centré sur la personne qui apprend et non plus sur la connaissance. Cette dernière est alors considérée comme un moyen de développer le maximum de compétences utiles à la personne compte tenu des besoins personnels, sociaux et professionnels. La priorité est donc alors de donner un savoir-faire qui se développe en situation de problèmes, donc des milieux complexes tels qu’ils se présentent ou se présenteront dans la réalité sociale, professionnelle et personnelle de la personne en formation. Dans cette conception l’évaluation accompagne l’apprentissage pour maximiser les interactions, faire accéder aux connaissances antérieures, faire traiter les informations et mesurer les niveaux de compétences acquises. L’enseignement s’y effectue par problèmes, la pédagogie est collaborative et s’appuie sur des projets.

Apprendre, c’est « prendre avec soi »

Apprendre est un processus actif et constructif qui s’élabore graduellement et s’accompagne par une évolution permanente. Créer une culture permanente d’évaluation qui aide la personne à apprendre, à sortir d’un modèle « bonne note- mauvaise note/bon élève-pas bon élève » est un véritable défi pour la formation. Ce n’est pas l’élève qui est mauvais, qui n’a pas compris. C’est le professeur qui a peut-être mal expliqué ou encore insuffisamment organisé le contexte pédagogique.

Par ailleurs, la discipline n’est pas l’objet de l’apprentissage ou de l’évaluation. Celle-ci n’est qu’une ressource que la personne utilise pour cela. Ce qui est important c’est d’évaluer les compétences qu’elle en retire. Evaluer c’est aider l’autre à cheminer pour devenir compétent dans un domaine. L’enseignant accompagne le parcours de connaissance. La matière est extérieure à l’élève qui va se l’approprier. Apprendre c’est prendre avec soi. C’est traiter l’information et ne pas la recevoir passivement. C’est un processus actif et constructif qui se fait de façon graduelle. Enfin, l’apprentissage s’applique sur des connaissances antérieures, il s’agit de comprendre ce qui se passe dans la mémoire et élaborer les stratégies adéquates qui vont permettre de traiter l‘information.

Bien définir l’objet de l’évaluation

L’évaluation peut s’appliquer à plusieurs domaines qu’il convient de bien distinguer car ils ont chacun leurs approches spécifiques et méthodologiques. Parmi les objets d’évaluation, on distingue :

  • Les compétences (apprentissages)
  • Les programmes
  • Le contexte institutionnel
  • Les personnes
  • Les enseignements
  • Les projets
  • Les produits (matériels didactiques par exemple)

Evaluer c’est décider

Dans le contexte d’évaluation de dispositif de formation ou d’une institution, il ne s’agit pas d’évaluer uniquement parce qu’il y a un problème. Cette démarche doit s’insérer dans le quotidien, accompagner systématiquement tout dispositif et être axée sur la prise de décision. Celle-ci doit avoir un lieu de décision démocratique, crédible, entouré d’un contexte non conflictuel.

On constate souvent le recours à des méthodes lourdes qui engendrent des chiffres et de gros rapports que personne ne lit. Et pendant ce temps les événements continuent de courir. La priorité doit être à l’aval aux choix stratégiques avec une évaluation adaptée. Il convient d’apporter de l’information au bon moment.

Evaluer, c’est informer

Une bonne évaluation doit donc être pertinente, utile, faisable. Elle s’assure de la consultation des personnes à toutes les étapes du processus, diffuse et présente des rapports d’évaluation aux personnes concernées. Elle supprime toute information isolée non contextualisée. C’est un processus qui permet de délimiter et de récolter les informations nécessaires à la prise de décision dans le but d’améliorer, d’ajuster, ou de mettre fin à un programme. Son but n’est pas le jugement. Elle alimente les prises de décision, sans pouvoir dire ou non si il y a réussite du programme.

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